Éditorial

Hiver2016_CoverDebout!

Par Marie-Paule Sanfaçon, m.i.c.

Debout dans toute sa dignité! C’est de cette façon que la personne humaine a jailli du cœur de Dieu. Debout! Le Christ a regardé la femme courbée, l’a touchée et elle s’est relevée. Un regard de tendresse, un geste de compassion et la femme a repris vie après 18 ans de souffrance. (Luc 13, 10-16)

Le pape François dit: À travers sa parole, ses gestes et toute sa personne, Jésus de Nazareth révèle la miséricorde de Dieu. (Misericodia Vultus 2015 No 2)

La miséricorde, c’est une main qui se tend vers l’autre pour accueillir, pardonner et embrasser. Dieu est amour et la personne est plus grande que tous les gestes d’offense qu’elle a commis dans sa vie. Dieu est pardon et miséricorde. Le thème de cette revue: PENSER ou PANSER attire l’attention sur les blessures de la vie. Il faudrait parfois seulement faire un petit geste pour changer un «a» pour un «e» et apporter à l’autre la paix intérieure. Tant de situations s’offrent à nous pour semer le bonheur.

Bien des personnes souffrent à cause des guerres, des catastrophes provoquées par la négligence humaine.  Aujourd’hui, il nous faut PANSER bien des blessures que nous aurions pu éviter si on avait un peu plus PENSÉ. Cependant, il y a bien des gestes de bienveillance qui sont à notre portée.

Dans sa lettre apostolique sur la miséricorde, le pape François nous confie une mission: Au cours de ce Jubilé, l’Église sera encore davantage appelée à soigner les blessures, à les soulager avec l’huile de la consolation, à les panser avec la miséricorde et à les soigner par la solidarité et l’attention.

Ouvrons nos mains et notre cœur pour redonner un peu de dignité et de joie à l’exemple du Christ.

Toute personne porte en elle ce profond désir d’être reconnue et respectée. Que ce soit un migrant, un prisonnier, un sans-abri, un sidéen, ou même un lépreux, au-delà des perceptions, la personne a droit à sa dignité. C’est ce que les articles de cette revue nous révèlent.

Dossier – PENSER OU PANSER

Réconciliation après la vérité

Par Émilien Roscanu

Le 2 juin 2015, la Commission de vérité et de réconciliation du Canada a rendu son rapport sur le sort réservé aux enfants autochtones dans les pensionnats canadiens entre la fin du 19e siècle et 1996. Les conclusions sont accablantes. Durant plus d’un siècle, au-delà de 150,000 enfants autochtones ont été arrachés à leurs familles pour être placés dans des pensionnats où l’on a tenté de les assimiler de force et d’éradiquer leur culture, sous le couvert de l’éducation. Les conditions étaient telles dans ces institutions que plus de 3,200 enfants y ont perdu la vie. Les abus psychologiques, physiques et sexuels étaient monnaie courante dans ces endroits où l’on forçait ces enfants à oublier leur langue et leur culture. L’insalubrité et la malnutrition s’ajoutaient au supplice que devaient endurer quotidiennement ces jeunes innocents. Ces durs traitements et ces conditions de vie inimaginables ont laissé des séquelles physiques et psychologiques que le temps seul ne peut guérir. La Commission, à la lumière de sept années d’enquête et forte de plus de 7,000 témoignages de survivants a d’ailleurs conclu au génocide culturel. Un grand processus de guérison a d’ailleurs été entamé pour ces personnes qui ont tant souffert et la publication de ce rapport marque une étape importante vers la reconnaissance des torts causés et la légitimation des revendications de ces victimes. La moindre des choses serait de ne pas laisser ce rapport rester lettre morte. [ … ]