Éditorial

Racines d’espérance

Par Marie-Paule Sanfaçon, m.i.c.

Connaissez-vous le bougainvillier ? C’est un arbuste merveilleux d’une beauté aux couleurs variées et très facile d’entretien. En Haïti, il est présent partout. Le pauvre comme le riche peut en embellir sa propriété. C’est gratuit. Comment le reproduire? Vous coupez une petite branche que vous déposez en terre, arrosez et voilà ! La tige prend racine, pousse, fleurit et donne de la joie. Beau temps, mauvais temps, il est là.

La croissance de la Parole de Dieu est semblable à celle du bougainvillier. Le missionnaire sème la Parole et, par la grâce de Dieu, elle s’enracine dans le secret des cœurs. Dernièrement, des missionnaires de Taïwan sont allés en Chine continentale et ont pu constater la foi toujours vivante des gens malgré des décennies de révolution et de persécution. L’évangélisation en
Chine a été faite, au XVIIe siècle, par les Jésuites et les Prêtres Missionnaires de Paris; au XXe siècle, par les MIC et les Pères des Missions Étrangères. Les visiteurs taïwanais ont été ravis de découvrir une Église toujours active chez les chrétiens du diocèse de Guangdong (Canton). Nous retrouvons le même prodige à Cuba. Malgré le régime communiste de Fidel Castro, la foi est plus vivante que jamais. Comme le dit l’épitre aux Hébreux : la Parole est vivante et efficace, elle pénètre au plus profond de l’âme et rend toute chose nouvelle (He 4,12). La Parole de Dieu, comme le bougainvillier gorgé de soleil, réjouit le cœur même du plus pauvre et donne la force de passer à travers bien des épreuves.
C’est la présence agissante du Christ, la dynamique profonde de l’Évangile.

Il nous revient en tant que chrétiens de faire germer ces racines d’espérance qui fleuriront au moment opportun. À l’exemple du jeune garçon aux cinq pains d’orge et deux poissons (Jean 6, 1-15), qui était loin de se douter de ce que le Seigneur ferait de sa modeste offrande. Il en a nourri une grande foule. N’est-ce pas encourageant pour nous ! Nos moindres gestes de sollicitude posés envers le prochain, le Seigneur les transforme et leur donne toute leur valeur.

Les articles présentés font réfléchir sur la portée de nos gestes, si petits soient-ils : le Seigneur les bénit et leur donne de l’ampleur pour rejoindre les cœurs.

Dans la confiance, semons de bonnes paroles et de bons gestes, Dieu saura bien faire fleurir nos modestes semences.

Bonne lecture.

Dossier - QU'EST-CE QUE JE SÈME?

Une libération rêvée!

Par Maurice Demers

Le peuple haïtien a lutté tout au long de son existence pour conquérir sa liberté : d’abord l’abolition de l’esclavage en 1794, ensuite la déclaration d’indépendance en 1804 (première république noire libre au monde), l’opposition à l’impérialisme (français et étatsunien) et l’insurrection contre les dictateurs qui ont marqué son histoire politique. Depuis 1942, des centaines de missionnaires québécois sont allés en Haïti pour évangéliser la population et appuyer l’Église locale, mais aussi pour accompagner le peuple dans sa quête d’émancipation. L’expérience de Sr Marie-Paule Sanfaçon en Haïti, de 1971 à 1990, nous renseigne sur sa rencontre avec le peuple haïtien et sur ce que les missionnaires ont tenté de semer dans ce pays. Nous nous sommes entretenus avec Sr Marie-Paule pour recueillir ses réflexions sur son expérience missionnaire.

Ce qui est d’abord ressorti de notre entretien, c’est tout l’amour que Sr Marie-Paule a pour le peuple haïtien. Elle nous a confié : Le peuple haïtien nous rentre dans la peau, il est très attachant. Après avoir appris le créole, interagi avec les jeunes et côtoyé les Haïtiens et Haïtiennes tant en ville qu’à la campagne, Sr Marie-Paule s’est si bien intégrée à son pays d’adoption qu’elle aurait aimé y passer le reste de ses jours.

Elle a d’abord enseigné la catéchèse, l’anglais, la géométrie et le dessin à l’école normale du Cap-Haïtien. Elle nous explique ensuite que le père Yves Bélizaire, curé au Trou-du-Nord, lui a demandé de travailler à la pastorale paroissiale. Après quelques années, elle accepte l’invitation de Mgr François Gayot qui réclame ses services au Cap-Haïtien pour s’occuper de la catéchèse. Si elle juge sa contribution humblement, Sr Marie-Paule a quand même réussi à toucher, par la formation transmise dans ses cours, des centaines de filles et garçons haïtiens [ ... ]