Éditorial

Vivre en santé

Par Marie-Paule Sanfaçon, m.i.c.

En réfléchissant sur le thème de la revue: la santé, je pensais à tous les nouveaux arrivants accueillis généreusement par des familles québécoises. Nous sommes en santé. La santé, c’est plus que surveiller son poids, c’est s’ouvrir à l’autre, partager ce que nous avons de meilleur.

J’ai été touchée par le témoignage d’une invitée vietnamienne à l’émission Tout le monde en parle. Elle se souvenait de l’accueil chaleureux qu’elle avait reçu à son arrivée.  Aujourd’hui, bien intégrée à notre société, elle a fait remarquer la richesse de notre interculturalité. Le «monde» marche dans nos rues, prend le métro et vit à nos côtés. Cette ouverture, c’est aussi cela, la santé!

En tant que missionnaires, nous avons élargi notre espace, en vivant l’interculturalité dans notre cœur et dans nos maisons. L’autre jour, une dame, venue à des funérailles où une sœur haïtienne a fait la lecture, me dit: «Vous avez des émigrées avec vous.» Surprise, je lui ai répondu spontanément: «Non.» «Mais oui, dit-elle, elle a fait la lecture.» «Ce n’est pas une émigrée, dis-je, c’est notre sœur.»  Vivre l’internationalité, c’est accueillir l’autre de façon intégrale. En passant devant une cour d’école, j’ai vu des enfants du primaire de toutes ethnies et nations jouer ensemble. Je les voyais rire, courir, ils étaient heureux. Il n’était pas question de foulard ou de tuque. C’était la vie en santé.

Dans sa vie publique, Jésus de Nazareth ne faisait pas de distinction sur la nationalité des personnes. Il a accueilli la Samaritaine, écouté la demande de la Cananéenne, guéri l’aveugle de Jéricho…

Toute personne a du prix aux yeux du Seigneur, comme nous le dit si bien André dans son article. Émilien, quant à lui, a vu, en retournant dans sa famille en Roumanie, la soif du peuple pour une vie meilleure. Agathe nous donne un aperçu de la préparation offerte aux laïques missionnaires dans une ouverture à l’autre. Et que dire des petits Samuel de Pucallpa. L’initiation à l’interculturalité commence au tout premier instant de la vie. Comme nous le dit Fred Pellerin dans son monologue: Laissons tomber les ombres pour vivre pleinement dans la lumière. Trouver le côté positif de chacun, chacune est la source du bonheur, la magie de la transformation pour vivre en santé.

Dossier – SANTÉ!

ROUMANIE: à la croisée des chemins

Par Émilien Roscanu

Libérée de l’emprise soviétique avec la révolution de 1989, la Roumanie est un petit pays d’Europe de l’Est d’un peu moins de 20 millions d’habitants qui ont connu plusieurs crises politiques ces dernières années. Déjà en 2012, le gouvernement projetait de réformer les systèmes de santé et de services sociaux en diminuant les prestations sociales, en réduisant l’assurance-maladie des citoyens et en privatisant les hôpitaux. Ces réformes annoncées ont soulevé l’ire de nombreux Roumains qui ont décidé de prendre d’assaut les rues et de manifester contre l’adoption de ces mesures. Ces manifestations ont d’ailleurs mené à la démission du gouvernement qui a dû se rétracter.

En 2013, les manifestations ont repris de plus belle alors que la compagnie minière canadienne, Gabriel Resources, voulait exploiter une mine à ciel ouvert à Rosia Montanã. Grâce à un procédé utilisant le cyanure, produit immensément toxique et dommageable pour l’environnement, l’entreprise espérait y extraire une quantité très importante d’or et d’argent. C’est un véritable mouvement d’opposition populaire, le plus grand mouvement civique depuis la révolution, qui s’est alors levé contre le projet. L’idée d’une nouvelle mine au cyanure, avec tous les risques inhérents, a ravivé chez les Roumains la blessure encore vive des conséquences du déversement de cyanure de Baia Mare en l’an 2000. Cet incident fut la pire catastrophe environnementale non nucléaire de l’histoire de l’Europe. De nombreuses terres et cours d’eau dont le Danube, deuxième plus long fleuve du continent, furent contaminés. La contestation et les manifestations populaires ont fait reculer le gouvernement une fois de plus et le projet est maintenant écarté pour de bon.

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