Par Victor Hugo Aranda, missionnaire laïc

Les mystérieux appels de Dieu, ils ne sont pas nombreux ceux qui arrivent à les entendre, moins encore ceux qui y répondent après avoir entendu mille et une fois… Est-ce le confort, l’absence de charisme missionnaire, la sacro-structure qui nous emprisonnent? Ou bien notre chair aurait-elle peur de la souffrance, des grands vents, des épines…?
Anita Perron, missionnaire de l’Immaculée-Conception, Betty Natusch, bolivienne et Fille de Sainte-Anne et moi-même, un laïc marié et missionnaire, avons participé à une première et inoubliable expérience missionnaire. Il existait chez nos évêques une inquiétude et surtout un désir de combler les vides d’évangélisation dans les villages les plus abandonnés de notre diocèse.

 

Monseigneur Roger Aubry a proposé de former la première équipe missionnaire itinérante. À sa demande Sœur Anita a assumé la responsabilité de l’expédition. Elle nous a invités à nous intégrer à l’équipe et nous sommes partis vers le village San Antonio colonisé par les campagnards aymaras. Arrivés sur les lieux, nous avons vu le visage de Jésus-Christ défiguré comme au Golgatha et sur le point de crier comme Lui : «Pourquoi m’as-tu abandonné?»

Le but de cette mission : répondre à l’appel de l’Église pour collaborer, avec les agents de pastorale locale, à la rénovation de la foi des gens et à la formation de nouveaux animateurs de la communauté chrétienne.

Cela semble facile, mais la réalité est bien différente. La manière d’être du campagnard aymara est bien spéciale et exige une approche délicate. Méfiant (il a des raisons historiques de l’être), soumis, silencieux et introverti, il est aussi très profond dans ses réflexions.

Le moyen le plus efficace de  rejoindre ces aymaras a été les relations personnelles à l’occasion des visites sur leur lot de colonisation. Lorsque la situation s’y prêtait, nous nous mettions à travailler avec eux à la récolte de cacao, de la yuca, ou à égrener le maïs. Ils ont compris notre présence fraternelle; et nous, l’accueil chaleureux de ces gens si simples […]

 

(Le Précurseur, Mars-Avril 1987, p.275-277)