Par Sœur Saint-Némèse, m.i.c.

Pucallpa, 22 octobre 1960

 

Chers amis lecteurs,

Au temps de mes études, un professeur de composition nous avait proposé en classe comme début de lettre une phrase de ce genre : « Étant donné qu’il pleut, j’ai pensé t’écrire. » Je vous avoue avoir jugé alors que l’exemple manquait d’originalité et ne comportait rien de flatteur pour cette correspondance dont on se souvient seulement aux jours gris. Aujourd’hui cependant je constate le réalisme de ce bon professeur, car il pleut à verse et j’ai pensé vous écrire. Oui, cela m’est venu soudain, à 1 h 20 la nuit dernière, quand une pluie torrentielle a fracassé mon sommeil. On eût dit que le toit allait enfoncer sous la pression de cette masse d’eau déferlant d’une digue rompue là-haut. Le déluge dut ressembler à cela! C’est très efficace pour rappeler la toute-puissance de Dieu, surtout s’il y a accompagnement de tonnerre et d’éclairs. Pour ma part, mes jambes flageolaient lorsque je me levai pour baisser la fragile persienne de ma fenêtre si vitre ni contrevent… L’eau s’y précipitait à cœur joie. Mon bureau sauvé de l’inondation, je regagnai mon lit, le chapelet autour du poignet. Impossible de me rendormir tellement l’averse tapageait sur la tôle du toit. Je pensai au grand nombre de nos élèves qui habitent des maisons de bambous ou de planches mal assemblées avec toit de chaume plus ou moins troué selon l’âge de fabrication. Je pensai aussi que je ne vous avais jamais entretenus de cela ni de ma nouvelle patrie d’adoption. Et voilà comment, en pleine nuit, la pluie des tropiques m’a suggéré de vous écrire […]

 

(Le Précurseur, Mai-Juin 1961, p.414)