Kuanhsi, Formose

Par Sœur Imelda-de-l’Eucharistie, m.i.c.

Lei Chao Mei ne marche plus dans les ténèbres : la lumière de la Vérité oriente maintenant sa nouvelle vie de catéchumène où l’a engagée sa grande amie Chen Sieou Kiu. Cette adolescente d’à peine dix-sept ans, nature aimable, souple et dynamique, ne connaît point d’impossibilités. Naguère encore, ses parents, bouddhistes fervents, ne voyaient pas d’un bon œil son intérêt aux choses du catholicisme. Aujourd’hui, ils inclinent vers la neutralité bienveillante, car Chao Mei, qui possède un don inné de l’adaptation, a su appliquer à leur avantage, avec beaucoup d’esprit pratique, certains enseignements reçus au catéchuménat, et cela dans une circonstance où son père aurait pu perdre la face.

A l’occasion de l’anniversaire de naissance du fondateur de la République, une fête sportive rassemble à Kuanhsi toutes les écoles et les différentes organisations de la contrée. Une foule immense envahit la ville; et une clientèle accrue, le restaurant de Lei. La journée s’annonce toujours terriblement laborieuse. Lei prévoit le travail et le répartit entre ses employés. Chao Mei assume elle-même sa large part.

Or voici que le cuisinier, à qui incombe la première et la plus importante des responsabilités, disparaît au matin de la fête. Embarras de Lei : comment réussir la cuisson d’au moins cent cinquante livres de riz? Personne ne veut accepter ce surcroît d’ouvrage, et le temps presse. C’est alors que Chao Mei tranche d’un air et d’un ton résolus : « Je vais le faire, moi. » Son père hésite, craignant un fiasco, « et avec raison, racontera plus tard la jeune fille, car, pour un coup d’essai, je me déterminais à un coup de maître qu’il ne fallait manquer à aucun prix. Ne s’agissait-il pas de servir des centaines de clients? J’avais parlé avec assurance, mais quand je me trouvai à la cuisine devant les trois marmites géantes, je me sentis incapable. Je me recueillis donc et priai Dieu et la Vierge de m’aider […]

 

(Le Précurseur, Vol. XVIII, Novembre-Décembre 1955, p.545)